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  • Vagabonde

Et demain, le Deuil cognera à la porte

Elle est venue me chercher. Je mentirais si je vous disais que je ne l'attendais pas, les bras grands ouverts.

En fait, après l'avoir invité à entrer, je lui ai fait l'accolade et je lui ai offert un verre qu'elle accepta avec nostalgie et regret.

Cela m'attrista grandement.

Non pas pour moi, mais pour elle.

Parce que je sais que je ne serai pas la dernière personne qu'elle visitera ce soir.

Nous serons toutes deux, plus tôt que tard, victimes de sa nature, de sa condition.

L'inverse est également vrai.

J'ai senti l'acceptation laisser place à l'empathie et je me suis surprise à penser à quel point je trouve ce monde injuste.

Me voici pourtant ici, assise aux côtés de celle qui devra m'achever.

Nous sirotâmes lentement notre vin, peut-être en espérant prolonger ce moment de résilience, peut-être parce qu'il n'y a réellement rien à dire.

Sans que je m'y attende, elle me présenta ses condoléances.

Je la vis verser une larme qui parut aussi vraie et sincère que la souffrance que j'ai cru percevoir dans ses deux grands yeux dénudés d'âme.

Et pendant ce court instant, j'ai pensé qu'elle parlait de moi.

J'ai cru qu'elle s'excusait d'avance pour le geste pour lequel il lui fallait maintenant s'armer de courage, et puis, conformément aux règles, qu'elle allait devoir poser.

Elle s'excusait pour ses mains qui seraient bientôt posées autour de mon coup, qui m'affligeraient d'une pression si forte que l'air ne pourrait pénétrer mes poumons. Elle s'excusait pour le poison liquide qu'elle avait versé dans ma coupe qui, d'ici peu, aurait raison de mes organes et puis de moi. Elle s'excusait pour la lame qui me transpercerait, crèverait mon cœur, du fusil qu'elle pointerait sur ma tempe...

Parce que c'est ce que l'on attend de la Mort.

Souffrance, douleur, horreur...

Pourtant, elle n'en fit rien.

Elle me pressa tendrement la main, celle qui était restée mollement sur l'accoudoir de la causeuse, et puis se leva pour sombrement se diriger vers la chambre a coucher.

La même chambre a coucher dans laquelle je me trouvais quelques minutes plus tôt, aux cote de mon époux.

Mon tour n'était pas encore venu.

Comme la vie est injuste.

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