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  • Vagabonde

Rise and Shine

Comme j'aimerais dormir pour toujours. Vagabonder d'un rêve à l'autre, gambader légèrement dans un cauchemar atroce où le sang coule et où l'enfer règne sur Terre, parce qu'enfin, cette peur profonde qui me harcèle aura raison d'être. Il est si difficile de se réveiller pour faire face a l'horrible réalité de la vie, de ma vie. Une vie si incroyablement banale et pourtant si épouvantablement effrayante, que toute logique quitte mon corps pour laisser place à la terreur. J'ai peur, et quand cette peur prend le contrôle de mon être, quand elle s'empare de moi et qu'elle me gruge de l'intérieur, je me perds. Je ne suis plus moi, je ne suis plus rien. Je ne m'appartiens plus, je suis sienne. Et alors que je supplie haut et fort celui qui est mort pour qu'il me libère de ses tentacules malicieux, de ce sentiment pernicieux qui s'agrippe après mon cœur pour s'étendre ensuite jusque dans ma tête, je pleure. Les larmes quittent mes yeux, coulent sur mes joues, laissant derrière elles des traces brûlantes d'un rouge douloureux. Elles expriment la souffrance et la colère évidentes que ma bouche refuse de partager, par peur de choquer un auditoire que l'on ne peut considérer averti. Comme j'aimerais dormir pour toujours. Dans le sommeil, je ne me cache plus, je ne fui pas la peur. Je m'affranchi de ces murs qui me séquestrent du reste du monde. Pendant ce court répit, je suis enfin libre de sentir autre chose que les mains du mal se resserrer autour de ma gorge. Je respire enfin. Et il s'agit d'un air si léger que j'entends mes poumons me chuchoter avec soulagement des remerciements sans fin. Mon âme, apaisée, par l'anesthésie de Morphée, est victime d'un réveil cruel. Je suffoque, attaquée par une fumée opaque et obscure, pleine de monstres et chimères dérangées. Je ne peux plus bouger, sanglée à mon propre lit par une peur que je sais jalouse et possessive. Quelques fois, elle me laisse quelques secondes, minutes, heures de sursis. Mais ce n'est que pour m'avoir à elle seule encore plus longtemps par la suite. Je suis la victime de ses idées perverses et de son imagination qui me semble intarissable. Je souffre de manière si flagrante que la partie encore innocente de mon être s'emplie d'une colère justifiée. Une rage si puissante que mes mains désarmées tremblent lorsqu'elles se portent vers le messager aiguisé. Parce que mes larmes ne suffisent plus à extérioriser ma peine, à communiquer ma détresse. Tout le monde pleure. Mais tout le monde ne pleure pas des larmes de sang. Et alors que de l'eau claire coule le long de mon visage, un liquide épais, cramoisi, enflammé dégouline le long de mes bras. Comme j'aimerais dormir pour toujours. Dans mes rêves, je ne suis pas un poids mort pour mes amis, ma famille. Je n'ai pas peur d'être rejetée, je n'ai pas peur d'être abandonnée, je n'ai pas peur d'avoir peur. J'angoisse seulement à l'idée de me réveiller.

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